Etre artiste, un rêve ? Une expo didactique et originale à Lille

11/12/2019

SisterArt Expo@Palais des Beaux-Arts de Lille pour voir Le rêve d'être artiste. Dans un parcours clair, détaillé, riche et didactique, le PBA présente l'Artiste comme sujet. Ce dernier est rarement abordé si ce n'est dans son œuvre, et c'est ce qui fait toute l'originalité de cette exposition. Le parcours se compose de deux axes : d'une part, l'histoire du concept même d'artiste et des métiers (peintre, graveur, sculpteur, vidéaste,…), et d'autre part, des œuvres de toutes les époques - issues principalement de la collection permanente du musée - qui touchent, interrogent, questionnent le visiteur sur la condition et la vie des artistes. SisterArt souligne la pertinence et la limpidité des textes qui accompagnent le parcours des œuvres.

Note sur le parcours

L'exposition englobe divers questionnements, notamment sur la vie d'artiste (la bohème) et les stratégies déployées pour obtenir la reconnaissance (la signature). Elle s'achève sur les chiffres de la condition des artistes en France. 

On y découvre la place de l'artiste dans l'Histoire, et celle des femmes en particulier ;  la question de l'image et de l'autoportrait, de la dérision. Mais aussi quand et pourquoi signe-t-on une œuvre ? Comment l'artiste est-il perçu dans nos sociétés occidentales ? Quels sont les mythes fondateurs de l'artiste moderne et contemporain ?

Les œuvres anciennes côtoient les œuvres contemporaines et grâce à cette mise en dialogue, on comprend mieux certains messages cachés par les artistes. Comme, par exemple, la signature de l'artiste Sébastien Bonnecroy (1641) qui est intégrée dans un parchemin peint sur le tableau "Vanité, nature morte". Ou encore le visage de Wim Delvoye sculpté en heurtoir de porte, avec force autodérision.

Le mythe de l'artiste bohème, de l'artiste maudit

©Blanckart - Moi en Gustave Courbet
©Blanckart - Moi en Gustave Courbet

L'artiste bohème, figure emblématique de l'artiste au XIXe siècle, perdure encore dans les esprits. On peut y voir une allégorie de la souffrance, l'artiste incompris par ses pairs et maudit par la société.

Souvenons-nous de l' Albatros de Baudelaire où le Poète est semblable au Prince des nuées... Les auteurs romantiques puis symbolistes parlent de cette souffrance de la condition humaine, de l'Homme non libre, et surtout de l'artiste qui tente d'ouvrir les yeux par ses écrits, ses peintures ou sa musique et qui se fait moquer, rejeter, huer. Alors, l'artiste pour se sentir libre n'a d'autre choix que de vivre solitaire et misérable.

La meilleure place de l'artiste est celle qu'il se donne

L'autoportrait en suspension dans l'eau de Bill Viola invite à la méditation, à la recherche de paix intérieure. Et cette vision vient briser l'idée de l'artiste maudit, malade et précaire que Balzac nous a laissée en héritage avec son récit Le Chef-d'œuvre inconnu. Bill Viola propose une approche moderne, personnelle et spirituelle capables d'inspirer les artistes en quête de sens. 

"L'artiste est celui qui par son travail, traduit les préoccupations intérieures de l'être humain et leur donne une forme plastique." Extrait de l'interview de Pilar Albarracin.

Les femmes dans l'art

©MarinaAbramovic_The Hero
©MarinaAbramovic_The Hero
©PilarAlbarracin_No Comment
©PilarAlbarracin_No Comment

Le chapitre des femmes dans l'art est plus que nécessaire dans une telle exposition. Non seulement pour dénoncer les injustices, mais aussi pour rétablir un certain nombre de vérités les concernant, notamment leur rôle dans l'évolution des courants artistiques et donc dans l'Histoire de l'Art. 

L'histoire des artistes au féminin se raconte au niveau de l'accès aux études (elles ne peuvent intégrer l'Académie en 1793), des possibilités plus restreintes d'expositions, des moyens plus faibles (près de trois fois moins que les hommes en France)… 

©BillViola_Self portrait, Submerged
©BillViola_Self portrait, Submerged