58e Biennale de Venise III : Installations immersives

10/09/2019

SisterArt@58e biennale de Venise. Pour ce troisième et dernier volet de nos chroniques vénitiennes, nous vous présentons nos coups de cœur en matière d'art immersif : une installation sonore poétique et activiste pour la liberté d'expression, des dodécaèdres suspendus qui, dans une mélodie,  s'invitent au ciel et aux nuages, et une immersion dans un monde étrange et multisensoriel où l'artisanat arabe féminin se déploie. 

1 - After Illusion de Zahrah Al Ghamdi au Pavillon de l'Arabie saoudite

Vraiment la plus belle installation de la 58e biennale pour SisterArt !

Une fois passées les hautes parois noires, nous découvrons, souffle coupé, l'œuvre monumentale de Zahrah Al Ghamdi. Le pavillon de l'Arabie saoudite est investi par d'imposantes colonnes en papier, illuminées de l'intérieur et sur lesquelles sont accrochées des milliers d'objets en cuir sculpté brûlé (52 000 pièces uniques). L'immersion est totale car on demeure un long moment au centre de ce monde étrange et nouveau. Une bande sonore "sub" et les sons qui s'échappent de certaines sculptures de façon aléatoire parce qu' interactives, contribuent à créer une hypnose. 

L' ambiance feutrée, accueillante et particulière qui y règne nous plonge dans un univers matriciel envoûtant. 

Il est aussi, en effet, question de beauté et de douceur : les sculptures alvéolaires harmonieuses sont faites à partir de coton et de cuir, toutes semblables mais uniques. A noter, le travail collaboratif d'une dizaine de femmes ayant conçu ces objets suivant une technique artisanale saoudienne. 

Pour les SisterArt, il s'agit là d'un pavillon en parfaite résonance avec le thème de la biennale. 

2- Installation sonore poétique multilingue de Shilpa Gupta - Inde.

La plus percutante installation de la 58e biennale pour SisterArt !

For, In Your Tongue, I Cannot Fit
Sound Installation with 100 speakers, microphones, printed text and metal stands, 2017-18  - Site Specific


Clic > > Site web de l'artiste

Commissioned by YARAT Contemporary Art Space and Edinburgh Art Festival
Commissioned by YARAT Contemporary Art Space and Edinburgh Art Festival

Arsenal. Des sons harmonieux et intrigants attirent SisterArt irrésistiblement.

Interesting times indeed...

 Without revolution there can be no proper peace...

Cette installation sonore immersive et militante pour le droit à l'expression comporte plus d'une centaine de micros suspendus au dessus de piquets de métal.

Il s'agit ici d'un travail immense de composition faite de sons et de voix chuchotées, superposées et multilingues. 

L'installation invite à marcher prudemment entre les piques pour accéder aux textes d'auteurs condamnés pour leurs écrits et censurés. 

Commissioned by YARAT Contemporary Art Space & Edinburgh Art Festival
Commissioned by YARAT Contemporary Art Space & Edinburgh Art Festival

Bientôt, la composition sonore se mue en prières, en litanies, en chants. Les manifestes sont applaudis. Puissance des mots, puissance des rebellions.

Evidente et sans fards, l'installation est émouvante. On ressent toute la violence et l'oppression de la censure.  Shilpa Gupta invite au silence et donc à l'écoute, son œuvre agit au plus profond de notre âme.

Symphonie de mots d'une force rare qui redonne la parole à ceux que l'on a bâillonnés. Emouvant et brillant !

Mention : figures suspendues de Tomas Saraceno pour l'Argentine.

Tomás Saraceno, Aero(s)cene: When breath becomes air, when atmospheres become the movement for a post fossil fuel era against carbon-capitalist clouds, 2019.
Tomás Saraceno, Aero(s)cene: When breath becomes air, when atmospheres become the movement for a post fossil fuel era against carbon-capitalist clouds, 2019.

Au bout de l'Arsenal, l'installation in situ aérienne et sonore de Tomas Saraceno crée d'abord un lien subtil et poétique entre le ciel, les nuages et les habitations vénitiennes au loin. Ensuite, l'installation crée un dialogue avec son spectateur. Elle nous plonge dans une méditation et une réflexion au fil de l'eau. De loin comme de près, on lève les yeux et la beauté apparaît sous forme mathématique, sub-atomique peut-être ?

Aero(s)cene est une installation qui respire pour laquelle l'artiste a pour ambition de générer un "courant pour un monde post-pétrolier et contre le nuage de carbone-capitaliste".

Bien que le sens conceptuel ne soit pas évident à première vue, le sens esthétique est au rendez-vous. Le temps est suspendu, cette rétention permet à l'esprit de se distancier, invite à la réflexion et l'effet est réussi.

Tomás Saraceno, Aero(s)cene: When breath becomes air, when atmospheres become the movement for a post fossil fuel era against carbon-capitalist clouds, 2019.

La biennale de Venise >> jusqu'au 30 Novembre 2019