Une femme sans un homme, c'est comme un poisson sans bicyclette !

SisterArt@Theatre des Martyrs pour voir Comme un poisson sans bicyclette, un spectacle autobiographique de Virginie Thirion qui rappelle et raconte une histoire de femmes depuis la fin du XIXe siècle, et les répercussions sur nos propres destinées.
Dépasser son histoire personnelle
Sur cette scène dépouillée, sept interprètes s'unissent pour reconstituer les fragments d'une mémoire morcelée. Ce drame, constitué de multiples autres drames, remonte le fil du temps : d'une mère orpheline qui ne peut que supposer ses origines, d'une jeune grand-mère qui a mis fin à ses jours, d'une arrière-grand-mère tenancière de bordel militaire. Pour remplir les vides de sa vie, la mère transmet son histoire à ses deux filles, en deux versions, l'une romantique et l'autre traumatique.

Autrice et metteuse en scène, Virginie Thirion ne connaîtra qu'une version de son histoire familiale jusqu'au jour du décès de sa mère qui la confronte à l'autre récit dont sa sœur était dépositaire. L'existence d'une autre vision la questionne profondément. D'abord sur le sens de sa propre vie, ensuite sur la vie des femmes de sa famille et puis sur la condition des femmes des générations passées. Au cœur de la pièce se reconstruit un génosociogramme, un arbre généalogique fait d'affections et d'événements qui sous-tend nos histoires personnelles. Pour l'autrice, il va s'agir de déconstruire les vérités "toutes faites" et de varier les points de vue. Elle dépasse sa "petite histoire personnelle", dit-elle, pour rendre compte de nos héritages.
Sur le mode "on explique et on joue", Virginie Thirion rompt le récit par des mises au point frontales et explicites adressées au public. Elle rappelle les faits dérangeants ou surprenants. Cette dramaturgie, faite de ruptures avec les conventions du théâtre classique, s'inspire clairement des luttes féministes successives depuis le siècle dernier. Les codes de ce théâtre contemporain dépassent les frontières du jeu, se transforment en mini conférence, en morceaux de tarte aux pommes, en fragments de faits réels… en connivence avec son public.

Traumas de genres
Pas de doute, le titre est non équivoque, tiré d'un slogan politique des années 70 : "Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette".
Imaginez un village transformé en camp militaire, habité par des centaines de jeunes hommes, troublés par une guerre qui se prépare, traumatisés par une guerre à vivre… les dégâts sont collatéraux. L'histoire des femmes, c'est aussi l'histoire des hommes, et comment on arrange les faits pour adoucir ou pour oublier. On a fait le choix de la romance, parce qu'elle existe aussi. On fait le choix de l'indignation, pour guérir.
La pièce invite à repenser nos vies dans un contexte socio-historique plus large, elle ouvre la piste pour éclairer nos choix, hommes et femmes, jusqu'à nous apaiser, voire même nous déculpabiliser. La troupe porte sur scène cet héritage avec tendresse et compassion, sans pathos et avec finesse.
Quand le silence imposé aux femmes se rompt, c'est comme une digue qui saute. Laurent Ancion
©Crédits photos_Alice Piemme
©Crédits redaction_SisterArt asbl Collectif sans IA
