Le Dragon, un conte tragi-comique entre fiction et actualité

SisterArt@Théâtre Jean Vilar pour voir Le Dragon de Evgueni Schwartz. Une pièce tragi-comique qui soulève avec féérie et cynisme la question du totalitarisme, de la soumission des peuples et du véritable héroïsme, celui d'affronter ses peurs pour battre le dragon.
La mise en scène actualisée

Fondateurs de la compagnie de théâtre itinérant Arsenic, Axel de Boosereé et Maggy Jacot - aujourd'hui Compagnie POP UP - créent un spectacle contemporain tout en sons et lumières, qui n'a pas perdu l'âme circassienne de ses débuts en 2001. Grâce aux effets spéciaux scéniques modernes, ils ont su transposer un spectacle sous chapiteau en une adaptation en salle classique réussie. Une pointe de magie, une autre de cynisme, saupoudré de vertus, ce conte imaginaire accessible pour petits et grands, retrouve la fonction première du théâtre populaire. Par des truchements symboliques, le propos relie une fiction à nos actualités. Il rappelle que nous sommes parties prenantes du monde dans lequel nous vivons, il rappelle que la réflexion et l'action demandent de s'instruire pour se positionner sur les sujets intemporels du totalitarisme, de la tyrannie, de la soumission des peuples à la peur et surtout de l'héroïsme. Personnifié dans le tueur professionnel de dragons, Lancelot, le héros classique, nous ramène aux vertus de la philosophie grecque antique, base de nos sociétés démocratiques.


Personnages hauts en couleur d'humour
Les personnages grotesques rappellent l'univers de Ghelderode. Gestes larges, transformation de voix et de corps, les propositions des acteurs sont fortes et assumées pour personnifier les traits de caractère non équivoques. Avec un humour présent du début à la fin, le jeu fait passer l'universalité du propos avec légèreté.
La palette d'acteurs et d'actrices sont incroyables, et Otmane Moumen maîtrise son personnage de maire avec inventivité, pour paraître tout aussi terrifiant que le dragon. Il nous fait penser à l'apothicaire dans Mme Bovary, le petit salopiaud mesquin qui tire toujours son épingle du jeu, peu importe les circonstances ou le régime politique en place. Homme méprisable s'il en est.

Classique et moderne
Le chef d'œuvre de Schwartz, écrit durant la seconde guerre mondiale, en plein essor du nazisme, percute intelligemment nos réflexions sur le pouvoir absolu. Issu du monde du théâtre classique, le collectif SisterArt invite à ce retour aux sources pour mieux apprécier le théâtre contemporain souvent plus pointu.
Info & tournée
©Crédits Photos : Aude Vanlathem
©Crédits Photos : Alice Piemme
