William Kentridge, du dessin à l'image animée immersive

24/10/2026
Courtesy-Artist_photo_Yannick-SAS ©BOZAR PRESS

SisterArt@BOZAR pour voir William Kentridge, figure majeure de l'art contemporain. Sa pratique ancrée dans l'art vivant fait de lui un scénographe. En plus d'être un dessinateur d'exception, il se pose en maître du stop-motion. Avec poésie et auto-dérision, Kentridge génère tout autant de la joie de vivre que des dénonciations colonialistes. Une exposition régénérante et unique.

D'après la nouvelle de Gogol « I am not me, the horse is not mine » William Kentridge se présente en statue équestre, représentant des arts de la scène. Le ton est donné, il exprime avec facétie qu'il n'est pas lui (puisqu'il s'agit de sa représentation) et que le cheval ne lui appartient pas non plus. Avec l'absurde, il offre une nouvelle vision du monde. 

Bien que sa quête intellectuelle soit engagée depuis sa jeunesse, dans la lutte contre l'apartheid, on entre de facto dans une dimension légère et humoristique. Kentridge se met en scène et danse avec ses images animées, il s'expose et passe des messages profonds dans une joie de vivre communicative.

Du dessin...

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Tout, absolument toutes ses inventions partent du dessin. Ses dessins au fusain deviennent collages, costumes, maquettes de théâtre et d'opéra. Ils se déclinent en de multiples techniques, de la gravure à la sculpture, aux installations multi-écrans immersives. Ses dessins sont les scénarios de ses images animées, en particulier la technique du Stop-motion qui en fait sa signature.

« Drawings for Projection » est la technique révélée à la DOCUMENTA 10 en 1997, devenue son identité stylistique. Il met en dialogue anciennes et nouvelles technologies, qui introduisent une dimension sensuelle dans l'art numérique. Au cœur de sa pratique : les dessins effacés et redessinés par-dessus. Preuve qu'une existence laisse toujours une trace. Une image-fantôme est un signe du passage du temps et de la réinterprétation des faits.

Au théâtre et à l'opéra…

Courtesy-Artist_photo_Yannick-SAS ©BOZAR PRESS

L'exposition se déploie des années 1980 à aujourd'hui, en un parcours conçu avec Sabine Theunissen, collaboratrice et scénographe de son premier opéra : « Faustus in Africa ». Présenté à Bruxelles en 1995, dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts.

Parce qu'il a l'art de sublimer l'histoire, ses récits visuels poétiques sont soutenus par des bandes-sonores puissantes dont Waiting for the Sibyl (opera 2019) en est l'exemple parfait. Pour cet opéra, pendant des années, Kentridge a fait des centaines de dessins sur des pages d'encyclopédies et de dictionnaires. Il a rassemblé le tout sous forme de stop-motion envoûtant.

Qui parle d'histoire, s'interroge sur le temps : la salle centrale de l'exposition est consacrée à l'installation multimédia The refusal of Time (2018). Installez-vous et laissez-vous emporter dans un tourbillon de dessins, de collages et de questions inspirantes.

Processions, Ombres et Fusain

Même si son art est engagé, William Kentridge ne nous le livre pas de façon frontale. Son œuvre parle de notre rapport à l'Histoire, et plus particulièrement de notre rapport aux épisodes historiques malheureux. Une caractéristique de son œuvre est la représentation de processions et d'ombres portées. Ces truchements dramaturgiques soulignent et explorent les thèmes reliés au totalitarisme.

La procession est aussi une forme d'expression à la fois de la danse macabre et de la contestation. Pour rappel, sous l'apartheid, les cortèges funéraires étaient le seul rassemblement public autorisé aux "noirs". Ce n'est pas une couleur dit-on, en termes optiques. Et pourtant, le fusain permet toutes sortes d'ombres. Les dessins au fusain de Kentridge sont des actes politiques, où les nuances du fusain noir existent avec les nuances de papiers blancs. Le clair-obscur comme expression des drames humains.

La note finale

A la fin du parcours, on entre dans son atelier. L'exposition se termine en une réminiscence : la maquette tridimensionnelle de l'exposition elle-même. Si vous y restez un moment, vous aurez la surprise d'entendre sa note finale : un concert inattendu de percussions suspendues !

William Kentridge, artiste pluridisciplinaire qui passe de l'art plastique à l'art vivant, n'a pas fini de surprendre. Collaborateur, scénographe, inventeur : il s'entoure d'autres artistes et notamment de musiciens et dépasse toutes les frontières. Et même dans ses références littéraires (Kafka, Gogol,...), l'émotion est au rendez-vous.

Laissez-vous subjuguer.

Courtesy-Artist_photo_Yannick-SAS ©BOZAR PRESS

INFOS@BOZAR : Exposition du 18 septembre 2026 au 7 mars 2027. 

Merci de soutenir la culture par votre présence et vos lectures.

Commissaire de l'exposition Tarek Abou El Fetouh. 

Crédits Photos @PresseBOZAR @Courtesy-Artist Photo_Yannick_SAS

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